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Télétravail vs. Présentiel : l'éclairage des Sciences Comportementales

Tu sais, les futurologues nous prédisaient il y a quelques années la disparition des bureaux physiques. Et bien... comme toujours, ils se trompaient !

Il est vrai que, pour nombre d’entre nous, les journées au bureau se passent essentiellement seul devant l’écran de son ordinateur. Pourtant, si le confinement conduira possiblement à un bond dans le recours au télétravail, il nous a aussi permis de voir à quel point le bureau reste important dans la vie des entreprises.

Dans un excellent article sur le sujet, Greg Rosalsky explique en quoi les Zoom, Slack et autres Dropbox ne peuvent en effet remplacer la vie de bureau traditionnelle. Ne serait-ce que pour garantir un niveau de productivité constant, comme l’indique PwC dans une enquête toute fraîche qui montre que 50% des entreprises assistent à une baisse de leur productivité avec le télétravail.

Malgré ce lourdaud de Fernand qui parle hyper fort dans l’open space et vient te proposer une pause café toutes les demi-heures, il semblerait donc que la vie de bureau ait encore de beaux jours devant elle.

Le psychologue Jeremy Bailenson, qui a travaillé pendant plusieurs dizaines d’années sur le sujet, avance plusieurs explications pour éclairer ce phénomène.

“Les gens ont des normes personnelles précises à propos de l’espace que l’on doit laisser entre son interlocuteur et soi. Mais quand on est en visio, cet espace personnel est défini par la proximité entre la caméra et le visage. Or, dans la vraie vie, on n’imagine pas être aussi proche de qui que ce soit. Et d’ailleurs, si vous vous teniez aussi proche d’un collègue au bureau, vous auriez certainement de sérieux problèmes avec la DRH…” explique-t-il. “On n’est jamais aussi proche de quelqu’un à moins d’être sur le point de se bagarrer ou d’être au contraire très intime”.

Bref, ça introduit une relation bizarre.

Dans une série d’expériences, le psychologue a montré l’influence de cette proximité sur des élèves dont le professeur était en visioconférence. Le fait de se savoir regardé aussi intensément a conduit les élèves à être beaucoup plus attentifs ! Mais en contrepartie, cette situation a créé une très forte charge mentale chez ces élèves. Une situation qui n’est pas tenable sur la durée et qui conduirait nécessairement à un effondrement de l’engagement au bout de quelques jours ou semaines.

On en a tous fait le constat, la visioconférence, où des visages sans corps se regardent fixement, ne remplace pas le contact en présentiel. En effet, il nous prive d’une part importante du langage non-verbal et appauvrit ainsi la richesse des échanges que nous pouvons avoir entre collègues. Sans compter qu’il est assez déstabilisant de parler devant des visages silencieux, la règle étant de couper les micros...

L’autre conséquence de ce travail à distance, c’est évidemment la quasi absence de conversations spontanées, dans le couloir ou à la machine à café. Des conversations dont on sait qu’elles contribuent significativement à l’émergence d’idées nouvelles ou simplement à huiler les rouages d’un projet. Au point que l’architecture des bureaux de Google ou Facebook a été spécialement étudiée pour multiplier les rencontres fortuites entre collègues.

 

Le bénéfice de ces échanges informels disparaît presque totalement dans l’univers du télétravail où la règle implicite est de ne pas déranger un collègue sans raison précise (sauf Fernand qui ne semble pas avoir compris la règle du jeu et qui vous harcèle de messages instantanés sans intérêt).

 

Enfin, il est certain que l’effet de groupe a tendance à fondre avec le télétravail. D’une part, on se sent moins porté par ses collègues les jours où l’on a moins la pêche. Et les simples relations sociales, qui contribuent fortement à notre épanouissement, deviennent plus rares. On peut donc assister à une sorte de cercle vicieux : moins de relations sociales, donc moins d’épanouissement. Pas d’effet de groupe, donc plus difficile de lutter contre cette baisse d’épanouissement.

Evidemment, tout n’est pourtant pas négatif dans le télétravail : l’autonomie, la flexibilité ou l’absence de temps de déplacements domicile-travail viennent atténuer les mauvais côtés. Mais est-ce suffisant ?

Déjà, les futurologues nous expliquent que le télétravail en réalité virtuelle sera LA solution que nous attendons tous pour gommer les aspects négatifs. Let’s wait and see…

En attendant, vivement le prochain verre avec les collègues, fût-ce au self !

Bonne journée à toi !

Christophe (et Patrice)

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